Mots et ratures...
Le cahier de brouillon
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Ce beau jardin

mercredi 29 décembre 2010

Ce matin, dehors il neige. Ou bien est-ce dedans ? J’ai pris mon parapluie contre la neige. Un parapluie d’idées et de couleurs sur lequel tout se transforme et retombe en rires comme de longs cheveux clairs.

Ce matin, je regarde le ciel. J’ai fait des trous dans la toile pour atteindre l’autre côté. Par ces trous viennent d’infimes flocons encore tout frais des nuits de courants d’air. Ils disparaissent à mon visage, coulant comme de petites tendresses. Vraiment de tout petits flocons, faits de petites ivresses.

Ce matin, j’ai envie de rire en regardant le parapluie percé. J’ai envie de rire, et ne fait que sourire. Rire n’avance à rien quand on est seul. Je souris parce que je ris en-dedans. Parfois, en-dedans, je ris à chaudes larmes. Parfois les flocons ne glissent pas sur ma peau — ils parlent. Puis ils plongent au fleuve bouillonnant dans lequel je me lave.

Ce matin, rien n’est plus comme avant. Simplement assis là, devant ce jardin couvert de neige, je profite des instants que tu me donnes, à rebours. Je profite des instants que j’ai aimés hier et qui résonnent en moi comme une longue note. Je profite de ton visage qui s’est lové tout au fond de mon crâne. Je profite de tes mains, qui s’agitent doucement. Tes mains qui se couvrent de neige, elles aussi, ce matin.

J’ai des parapluies plein la tête, d’un peu toutes les couleurs — que tu sais faire naître. Des parapluies qui protègent je ne sais plus quoi, contre je ne sais plus qui. De tout petits parapluies que j’aménage sans relâche pour que ton amour s’y prélasse.

Ce matin, dans le jardin, il gèle. Je me réchauffe en pensant qu’un jour tu étais là et qu’un jour, peut-être, tu reviendras. Ici ou ailleurs, avec ou sans moi, ce beau jardin, c’est toi qu’il me rappelle. Ici ou ailleurs, ces neiges éternelles, ces battements sourds, mon cœur, ils sont ta voix. Ici ou ailleurs — tu es partout chez toi.

Ce matin, par terre sur la terrasse, j’ai froid. Tu n’es plus là, et je baisse la tête. Ces flocons tristes sur mes larmes, comme des étoiles, ce sont tes jolis yeux qui brillent au soleil. Et sur tes lèvres, par ton sourire, la neige qui sculpte nos souvenirs — à venir ?

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