Mots et ratures...
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Cette raclure

mardi 7 décembre 2010

Cette rature sculptée là en-dedans, dérapage halluciné de mes yeux à la renverse. Elle me ronge avec l’avidité naïve et gourmande d’un enfant mal torché qui vient à peine de terminer son pleur. Elle brille salement tout au fond, mâtinée de cette douleur qu’amène la brise du couchant. Rouillée par des larmes improbables. Bercée par un vent doux et chaud.

Cette rature qui depuis s’occupe de ma tête, mon crâne, la molle matière blanchâtre de mon cerveau. Ce poulpe ventriloque, grand voyageur des profondeurs, avide de toucher et de connaître, terré dans sa splendeur, qui des yeux globuleux tire rayons en fête.

Je suis la raclure puante qui s’enterre à mesure qu’elle s’enfuit. Autour de mon torse s’enroulent des monstres à genoux, soumis et fidèles aux caprices désuets du sommeil. Dans un coin de chacun de mes os dort une princesse amoureuse. Ces princesses centenaires qui s’éprennent à nos jeux.

Je suis la pute guindée qu’on trouve la nuit sous les comptoirs, le rouge aux lèvres brûlantes, la jupe déchirée. Mon rimmel s’épanche comme un torrent sanguinaire pour venir s’écrouler dans des cœurs ébahis. Rature dégénérée d’une caresse, points éclatés sur le pont des oublis. Je suis l’ombre glissante des radeaux exilés.

Je suis l’enfant aussi, l’amant discret de l’enfer. Celui qu’on risque aux tremplins impossibles, rampant parfois à l’autre bout du monde, revenu épuisé porté par les mystères. L’enfant qui rêva, l’homme qui rêvait, la torpeur moite d’une forêt millénaire. Mes mains souffrent de ne plus atteindre aux entrailles de la terre.

Cette raclure grotesque et pourtant essentielle, qui se déplace à petits pas, chaque nuit un peu plus. Chaque jour au-dehors, en-dehors de ce mollusque flasque, de ce têtard vagissant qu’on appelle la tête. Elle me pénètre et enfle comme un cancer avide de m’entreprendre, vilaine bête un peu sotte, mais toujours plus puissante.

Cette raclure qui me connaît au plus sombre, que je surprends au plus loin, sur les rais orangés de ces lignes en fuite. Cette raclure au plus serré c’est mon ange d’infortune. Ce rien c’est mon chemin, une étoile disparue qui se joue de l’ennui. Ce point d’orgue éphémère, ce Tout là, c’est ma vie — cette enflure importune.

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