Mots et ratures...
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L’ombre

dimanche 12 décembre 2010

Mes souvenirs voilés glissent lentement sur une peau à vif. Leurs dents élimées rongent des chairs défaites. Plus ils s’avancent, plus je m’enfonce. Plus mes rêves s’en nourrissent, plus mon corps se dessèche.

Lorsque je traîne mes guêtres dans ces villes où le temps récupère, je suis une tâche en souffrance. Les têtes se penchent sur ma démence, les rires se figent, la vie s’arrête. Je suis le monstre qu’on laisse passer.

On me remarque aux éclats délétères. Plus rien ne trace ma route. Je suis les voix qui s’effondrent. J’écoute la crête, j’attends des signes, tendu vers l’invisible — j’entends chanter.

Je suis une tumeur, la gangrène, une envie à l’envers, un jouet cassé. La chose inutile, l’erreur qu’on délaisse, l’amour bafoué, l’absolu — qu’on piétine. Mes rires se nouent sous les coups d’infortune.

Tu meurs, tu meurs, chantent les anges, voici le chant des trépassés. Tu meurs, tu meurs, chantent les anges, et qui pourra te regretter ?

Je porte le deuil de mon passé, et mon futur est en souffrance. À piétiner ses souvenirs on évolue sur un charnier.

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