Sur les barrières du levant des ombres sèches rongent leur mors. Un concert électrique de petits yeux jaunes fait cligner la paupière des montagnes. L’on sent très distinctement les cœurs s’épancher à la cime des arbres. Sous le tam-tam étourdissant de la pluie battant de gigantesques feuilles, des troupeaux émus se vautrent dans la boue. Nous sommes posés là, par-dessus l’éclair, et la vie même ne semble plus être qu’un artifice.
Des hurlements de toute beauté dévalent les falaises à la vitesse invisible de ce qui n’existe pas. Pétrifiés de plaisir nous attendons que s’abattent les nuages. Quelques insectes caressent encore les derniers points accessibles de nos chairs.
Le rugissement s’approche. Il transpire par les crânes comme une tumeur affamée. Les yeux qu’on écarquille pour mieux se concentrer ne servent plus à rien. L’horizon submerge la vallée de sa géniale laideur. Tout ce qui n’est pas invisible nous est étranger.
Nous sommes au coude à coude à patauger dans les os, la boue, la merde et d’antiques restes. Les ongles dilués dans l’odeur fossile de roses pétrifiées, nous léchons nos doigts comme de gentils bébés. J’en sais un qui sourit, les bras enlacés sous la roche. Un autre sous mon pied pousse un soupir triste en subissant ma botte.
Tant de fois brisés par un soleil têtu, nous distinguons à peine ce que le vent emporte. Sous nos veines tressées mêlées aux herbes sauvages grouille la faune puante qui nous a putréfié. Lorsque la douleur s’éloigne vers son immense chaos, tous les désirs s’animent pour rejouer nos printemps. Et ce flot continu, terrible et délétère, emplit nos cimetières de tous les prétendants.