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Les corps crus

vendredi 17 décembre 2010

Longtemps nous nous sommes promenés dans les méandres des corps crus, aux frontières du doute, dans des coins où l’on ne savait plus faire sens. Nous y avons rencontré ces fruits rares dont aujourd’hui encore nous ignorons le nom. Parmi les lignes de fuite qui s’échappaient de toute part, nous posions les pieds au rêve comme les marins reviennent à terre. J’accrochais mes lèvres au placard, et les oubliais jusqu’au prochain réveil.

Quand nous arpentions ces drôles d’espaces qu’on n’aperçoit qu’au moment d’en découdre, des odeurs de sel et de roche couraient à l’aventure nous chatouiller la gorge. Ou bien était-ce le fourbi grouillant des atomes dans lequel nous aimions avancer ?

Je me souviens de la couleur des cendres lorsque tu disparus pour mieux en renaître, de cette prison lumineuse d’où je pouvais rentrer. Je revenais aux fenêtres fragiles des songes par ces passages inventés. Longtemps tu as gardé les secrets et les clés — la teneur de nos ombres.

Longtemps tu traças le chemin de nos rêves
Longtemps j’y marchai pour mieux t’y retrouver
Longtemps je me perdis aux appels de tes lèvres
Longtemps ces retrouvailles nous aurons consolé

Nos corps crus à présent veulent partir en fumée ; qu’il ne reste d’avant qu’une odeur douce-amère, et le goût persistant d’une carte effacée. Nos corps crus sont couchés aux portes de l’enfer. Nos corps crus à présent ne demandent qu’à brûler.

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