Les nuits sans lune, quand le velours crispé d’un ciel sans étoiles flotte par-delà les nuages, j’ouvre la porte du vent. S’y engouffrent avec rage les lueurs délaissées à la voix de cristal qui percent le front rocheux du temps. Parfois suivies d’animaux rares elles ronronnent au coin de l’oreille qui sait tout, léchant de leur flamme délicate son pourtour velouté. Le cortège libéré continue sa marche solennelle jusqu’à l’aube. Enfanté par l’inconscience d’un geste on l’entend traverser les crânes vides des ans. Lorsque percutés par ses assauts fébriles les os, boyaux et autres pièces de fortune se rétractent vers le cœur, on peut percevoir les pleurs de la matière.
Il est des nuits sans lune où la matière a peur. On la sent grogner, s’ébrouer, et gémir de douleur. Le grand cyclone salutaire réinvente tout sur son passage. Les pluies bleues tourbillonnantes teintent le sang de la terre. D’un pinceau fougueux à l’inspiration brève, tout est repeint d’un regard. Ce qui se trame à l’intérieur, dans l’œil violacé du cratère, seul l’air qui s’y déchaîne pourrait en témoigner. Il se produit alors aux abords d’une terminaison nerveuse ce qui fait rire le printemps : une main gigantesque rattrape le vent par la crinière et le refoule derrière la porte. Ils se laissent faire, lui et son gémissant cortège.
Cette large blessure que j’avais ouverte se referme violemment. Le cœur repart dans un trot de croisière vers l’ombre des falaises. Un soleil brûlant derrière le visage sec des montagnes tisse l’espace de sourires enjôleurs. Au loin, comme au sortir d’un rêve, j’écoute le frémissement du vent. À quand la prochaine escapade ?